Sur la route du thé

La production :

 Avec plus de 15 000 tasses bues chaque seconde dans le monde, le thé, après l’eau est la boisson la plus consommée sur la planète.

dsc_1185Le principal producteur de thé est aujourd’hui la Chine, qui détient près d’un tiers de la production mondiale, suivie de l’Inde, du Kenya et du Sri Lanka. La Chine et L’Inde étant également consommateurs de cette boisson (boisson traditionnelle), au niveau des exportations mondiales, le podium est un peu différent : le Kenya est premier, suivi du Sri Lanka.

Les lieux de production du thé, pour répondre à une forte hausse de la demande mondiale, se sont développés et intensifiés au cours des années ; il en existe actuellement en Asie, dans certaines régions d’Afrique et d’Amérique Latine (36 pays au total).

Organisés en système de grandes plantations, ces lieux de production restent imprégnés de la tradition coloniale et de son mode d’exploitation : les terres n’appartenant pas aux cultivateurs et cueilleurs mais à de petits propriétaires exploitants (50 % au Sri Lanka) ou de grandes firmes multinationales.

Dans certaines régions, le thé a été amené par les colons, afin de développer sa culture et son commerce. C’est le cas pour le Sri Lanka ou cette plante est restée inconnue jusqu’à la colonisation britannique au XIXème siècle.

 Culture et cueillette du thé :

dsc_1404 La cueillette des feuilles de thé requiert un savoir faire manuel, souvent confié aux femmes, qui peuvent ramasser jusqu’à 35 kilos de feuilles de thé par jour, tandis que l’entretien des plants, des sols est délivré aux hommes. Ces feuilles ont ensuite 24h pour être transformées, principalement en deux catégories de thé : le thé noir (75% de la production mondiale et plus de 90% des marchés occidentaux) ou le thé vert. Ces étapes se réalisent sur place, souvent au coeur même des plantations.

 La transformation :

Les grands groupes de l’agroalimentaire interviennent à ce stade de la chaîne de production. Nestlé est présent majoritairement en Inde, Unilever au Sri Lanka et James Finlay au Kenya. Le marché du thé est très concentré, et seuls quelques acteurs en sont les détenteurs. Unilever, la firme anglo-hollandaise est le premier et principale fournisseur de thé noir dans le monde, sa marque Lipton Yellow est de loin la plus vendue au monde.

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L’étape de transformation permet aux entreprises de mélanger différentes qualités de matières premières, d’origines multiples et ainsi offrir une gammes très diverse de thé, à des prix eux aussi les plus larges possible. Les transformateurs locaux qui ne détiennent qu’une seule matière première ne peuvent réaliser ce processus, pourtant plus rentable et lucratif. L’opération de transformation ainsi que de l’emballage représente 80 % du prix de vente au détail.

 Le marché du thé :

Comme pour la plupart des matières premières, les cours du thé sont très variables et soumis aux instabilités climatiques, voire politiques du pays. Mais le thé présente une caractéristique par rapport aux principaux produits agricoles de base car il est vendu par le biais de ventes aux enchères ou de transactions privées. Il n’y a pas de marché à terme pour le thé, les prix en sont d’autant plus volatiles.

Les tendances du prix réel du thé, tenant compte de l’inflation, sont à la baisse malgré une production qui elle est à la hausse de manière globale. Les bas prix du thé impactent en premier lieux les salaires dans les plantations de chaque pays puisqu’il est toujours plus facile de baisser les couts de main d’œuvre que d’augmenter les prix et perdre ainsi de la compétitivité face aux pays concurrents.

 La commercialisation :

L’industrie agroalimentaire met en place les débouchés commerciaux du thé depuis le début de la commercialisation de celui ci, qu’il soit consommé chaud, froid (sodas), en vrac ou en sachet. On remarque depuis quelques années l’extension de l’utilisation du thé dans les produits pharmaceutiques et de santé. Les vertus médicinales de cette plante sont, en effet, reconnues depuis près de 5000 ans dans de nombreux pays asiatiques. Aujourd’hui de nombreux produits industriels tels que le dentifrice ou certains produits cosmétiques incorporent un pourcentage de thé dans leur composition et de récentes recherches vantent les bienfaits de la consommation de thé vert ou noir, notamment dans la réduction des risques de cancer.

photo-de-baseLes débouchés commerciaux du thé se trouvent essentiellement en Europe. En 2006, l’UE en a importé 336 394 tonnes, soit 22,9 % du total de la production. Les autres grands importateurs de thé sont l’Égypte, le Pakistan, l’Afghanistan, la Russie, le Soudan et le Kazakhstan. La relation étroite de coopération entre l’Europe et les pays producteurs ont permis de rendre le marché totalement libéralisé, sans contraintes de taxes douanières.

 Vers une responsabilité des consommateurs :

Une préoccupation sociale :

Le lien est donc tissé entre notre consommation de thé et les petits producteurs des pays en développement. Entre ces deux extrémités l’industrie du thé dirige toute la filière, de la production à la commercialisation. Des millions d’hommes, de femmes et même des enfants vivent et travaillent dans les plantations, dans des conditions le plus souvent indécentes. Les propriétaires ne respectent pas toujours l’exigence d’un salaire minimum, les conventions en matière de droit du travail, de couverture sociale, et n’offrent pas l’accès aux soins médicaux, à l’éducation ou encore à l’eau potable. En 2006 au Sri Lanka, on estimait entre 100 000 et 500 000 le nombre d’enfants travaillant dans les plantations de façon illégale. L’UNESCO rapporte la même année que dans un  pays comme le Kenya, jusqu’à 30% des cueilleurs ont moins de 15 ans. 90% des femmes, dans ce même pays déclarent avoir subi ou avoir été témoins d’abus sexuel sur leurs lieux de travail.

Face à ce constat déplorable, et pour déjouer les règles du commerce international classique, souvent porteur d’injustices et d’inégalités, de nombreuses structures ont choisi de se lancer dans la filière d’importation de thé équitable.the_de_noel_bio_equitable_img_2563

Le thé certifié « commerce équitable » s’approvisionnent auprès de plantations de thé et d’organisations démocratiques de petits cultivateurs selon des règles commerciales qui comprennent :

  • des salaires et des conditions de travail équitables pour le personnel ;
  • le paiement d’un prix équitable négocié aux producteurs (plantations et organisations de petits propriétaires) ;
  • une prime supplémentaire à l’investissement dans des programmes sociaux, économiques ou environnementaux.

Entre 2000 et 2007, FLO (Fairtrade Labelling Organisation) a doublé le nombre d’organisation labellisées. Plus de 1,5 millions de producteurs et travailleurs en Asie, Afrique, Amérique du Sud, bénéficient du commerce équitable.

Une préoccupation environnementale :

La filière du thé regroupent de nombreux acteurs économiques sur l’ensemble de la planète qui interviennent de la production à la commercialisation des produits. Les impacts sociaux que celle ci entraine peuvent être ainsi analysés et critiqués, mais il reste un dernier point à mettre en avant, celui de l’impaclothes-pesticidesct environnemental de cette chaine de production. La culture du thé est principalement de la monoculture intensive, très utilisatrice de pesticides et autres produits chimiques. Les dégâts pour l’environnement qui en découlent s’illustrent par un appauvrissement et une pollution des sols ainsi qu’un déséquilibre sur la biodiversité locale. Les travailleurs sont exposés à ces pesticides, n’ayant pas d’équipement de protection à leur disposition, et cela mettant gravement en danger leur santé. Mais les résidus de cette contamination chimique se retrouvent également dans la tasse de thé que l’on consomme et seuls 16 thés sur un total de 60 analysés selon une étude, ne présenteraient pas de pesticides au stade de la consommation. Un dernier impact est celui du transport inévitable de cette feuille, qui traverse le monde entier pour approvisionner et satisfaire ses consommateurs. Enfin, l’avenir semble incertain pour les arbres à thé puisque si le réchauffement climatique provoque une hausse de 2 degré Celsius des températures dans les pays producteurs, les arbres situés en basse altitude devraient être affectés. Une diversification vers d’autres cultures devrait être envisagée.